Derniers jours au Bénin pour notre makeuse en matériaux. Mission de valorisation des déchets de la filière coton quasi bouclée, projet éphémère en matériaux locaux avec l’Atelier des Griots finalisé. Le temps a filé!
Cotonou, correspondance
Le projet de valorisation des sous-produits de la filière coton en matériaux au Bénin, pour le laboratoire de recherche à l’université d’Abomey-Calavi (UAC) où je suis en stage, a fait un bond en avant, grâce aux méthodologies inspirées du social design, du DiY et de la culture maker.
Machines DiY in progress
Le travail de fabrication des machines (une défibreuse et une thermopresse conçue à partir d’une presse à tuiles) a été confié aux étudiants. Qui, fin d’année oblige, ne sont plus trop disponibles. Les aléas de passage du plan à la fabrication nous ont grignoté beaucoup de temps ! Pas encore d’échantillons donc… Je me concentre sur la documentation. Il me reste quelques jours pour terminer la réalisation d’un tutoriel tout en dessins, au format A5. Une sorte de fiche, qui pourra être facilement diffusée aussi bien au sein des formations d’ingénieurs mécanique que dans les réseaux de makers et les laboratoires.
Stratégie bis
Libérer la créativité, imaginer des matériaux en tout genre à partir des déchets de la filière coton béninoise, tel était le but des premiers ateliers de cocréation. Mais une fois les propositions du brainstorming passées au peigne fin de la viabilité économique et de la faisabilité technique, il n’y avait pas de pistes concrètes… C’est pourquoi j’ai décidé de changer de stratégie.
Une analyse fine du marché et des acteurs de l’écosystème des matériaux locaux au Bénin m’a permis de cibler les priorités et opportunités. Les matériaux de toiture sont donc dans la ligne de mire du projet à cause de la nécessité de proposer sur le marché des alternatives biosourcées à la tôle inadaptée et à la tuile trop coûteuse. En abordant le projet par localité, par contexte, en se concentrant sur les moyens de transformation disponibles et potentiels partenaires locaux, j’ai pu aboutir plus vite à des hypothèses de recettes de matériaux et de création de filière.
Car au-delà du matériau, il y a toute la chaîne de valeur à penser. Qui fait quoi ? Dans quel intérêt ? Comment associer telle structure et telle autre ? Comment générer de la valeur pour chaque acteur du projet ? Cette gymnastique fait partie intégrante de mon rôle de designer, comme interface entre le terrain et le laboratoire de recherche.
J’ai animé un dernier atelier de cocréation, en focalisant sur les matériaux de toiture et les trois contextes suivants dans la filière : l’usine textile, l’usine d’égrenage et l’usine de trituration. Les idées émises par les chimistes, doctorants en matériaux, enseignants-chercheurs ont tout de suite été plus probantes : des faux plafonds en composite déchets de fibre + déchets de colle d’amidon ; des toitures tressées en bouts de fil encollés + déchets de polypropylène transformés en fils, etc.
Reste à tester ces recettes, caractériser les matériaux et poursuivre le travail de fédération de partenaires que j’ai démarré. Mon travail aura servi à préparer le projet et en esquisser trois principales orientations de recherche. Aux doctorants et masters de prendre le relais.
L’Atelier des Griots
Chaque samedi à Cotonou, j’ai rejoint l’Atelier des Griots, une ONG d’architectes qui se donne pour mission d’accompagner une communauté à régénérer un espace public de son quartier (je vous en parlais ici). Le tout en faisant avec les moyens du bord, et en recyclant un maximum de matériaux. C’est un fablab qui se déploie chaque samedi dans la cour de la Maison des jeunes d’Akpakpa Dodomey Enagnon, où nous travaillons depuis deux mois à la réalisation d’un chantier éphémère.
Branches de palmier pour composer des motifs de revêtements muraux, bois de palettes pour le mobilier, jardins suspendus en bouteilles plastiques, ravalement du mur et peinture, reste à trouver des solutions low-tech pour réaliser des toitures. Samedi, je me suis donc attelée avec une équipe à la collecte de tongs sur la plage.
La pêche a été bonne : au bout de dix minutes, nous avions deux gros sacs remplis. Il faut dire que la tong est la chaussure nationale ici, la mer en rejette énormément. Nous avons commencé la fabrication d’un cadre-trame, sur lequel seront cloutées les tapettes découpées. Pour la suite, direction la page Facebook de l’Atelier des Griots ! Quant à moi, je retourne très bientôt en France, pour explorer encore et toujours des matières premières et matériaux !
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